Un à un, il prenait les événements recueillis la veille, et il s'efforçait de les assembler, de les coordonner, de les ajuster, comme un enfant qui successivement essaie toutes les pièces disséminées d'un jeu de patience.
Il cherchait le lien probable, l'intérêt commun de tous ces gens qu'il avait observés, de Verminet, Van Klopen, Mascarot, Hortebize, Martin-Rigal...
Soumettant à la plus sévère analyse tous les incidents des derniers jours, le jeune peintre devait fatalement arriver à Gaston Gandelu.
—N'est-il pas surprenant, se disait-il, que ce triste garçon soit victime d'une odieuse machination ourdie précisément par les misérables qui s'acharnent après nous, par Verminet, par Van Klopen; n'est-il pas incroyable...
Il tressaillit et s'arrêta court.
Une pensée toute nouvelle venait d'éclore dans son esprit, pensée informe, mal définie, incomplète, à peine viable, mais pensée de joie à coup sûr, de délivrance et d'espoir.
L'inexplicable voix du pressentiment lui disait que la perte du jeune M. Gaston était liée à la sienne et à celle de Sabine, qu'ils étaient enveloppés dans le filet de la même intrigue, enfin que cette perfidie savante des faux billets n'était qu'une manœuvre dépendant du plan général...
Comment cela se faisait, comment Gaston et lui se trouvaient confondus, André ne pouvait le concevoir, et cependant il eût juré que cela était, il en avait pour ainsi dire conscience.
Qui avait dénoncé le jeune M. Gaston à son père? Catenac. Qui avait conseillé cette plainte au procureur impérial déposée contre Rose-Zora? Encore Catenac. Or, ce Catenac, qui était l'avocat de M. Gandelu, était l'homme d'affaires de Verminet et de Croisenois; n'avait-il pas obéi à leurs inspirations?...
Tout cela, certes, était vague, embrouillé, obscur; entre chacune de ces étranges présomptions, des lacunes existaient, impossibles à combler, en apparence, et pourtant André décida qu'il poursuivrait ses investigations dans ce sens.