Il venait de prendre un crayon, et se disposait à se tracer un plan méthodique de recherches, lorsqu'on frappa discrètement à la porte de l'atelier.
Machinalement il consulta la pendule: il n'était pas neuf heures.
—Entrez!... dit-il en se levant.
La porte s'ouvrit, et le coup que reçut le jeune peintre fut si violent et si inattendu, qu'il chancela et fut obligé de s'appuyer sur un chevalet.
Ce visiteur matinal qui lui arrivait, n'était autre que le père de Sabine, M. de Mussidan. Il ne l'avait aperçu que deux fois en sa vie, c'en était assez pour ne l'oublier jamais.
Le comte, lui aussi était ému. Ce n'est qu'après une longue nuit d'insomnie et d'angoisses, après les plus cruels débats, qu'il s'était décidé à cette démarche. Mais il avait eu le temps de se préparer.
—Vous m'excuserez, monsieur, commença-t-il, de me présenter chez vous à pareille heure, mais je tenais essentiellement à vous rencontrer.
André s'inclina. En deux secondes, mille suppositions, les plus diverses, avaient assailli son esprit. Comment M. de Mussidan venait-il chez-lui, dans quel but?... Était-ce en ami ou en ennemi? Était-ce de son chef, ou l'avait-on envoyé? Qui lui avait donné l'adresse?...
—Je suis grand amateur de peinture, poursuivit le comte, et un de mes amis, dont le goût est très sûr, m'a parlé avec enthousiasme de votre talent. C'est vous expliquer la liberté que je prends, la curiosité m'a poussé, j'ai voulu voir.
La fin de la phrase ne venait pas; il s'arrêta court et ajouta: