Dépister ses surveillants!... le succès était à ce prix, il ne le comprenait que trop. Comment atteindre et frapper les misérables, si informés de ses moindres démarches, ils avaient toujours le loisir de se mettre en garde?...
Aussi, lorsqu'il eût regagné son logis, il ne s'occupa plus que du moyen de glisser entre les mains de ses espions. Bientôt il crut l'avoir découvert.
Sous ses fenêtres s'étendait un grand jardin qui dépendait d'une institution dont la façade se trouvait dans la rue de Laval prolongée. Un mur qui n'avait pas sept pieds de haut séparait seul la cour de sa maison de ce jardin.
Pourquoi ne s'évaderait-il pas par là?
—Je puis, se disait-il, me déguiser de façon à me rendre méconnaissable et demain, au petit jour, franchir le mur et m'esquiver par la rue du Laval, pendant que mes espions feront le pied de grue rue de la Tour d'Auvergne, devant ma porte. Ai-je besoin de loger ici plutôt qu'ailleurs? Non. Eh bien! tant que durera ma campagne, je demanderai l'hospitalité à Vignol, qui m'aidera au besoin.
Ce Vignol était un ami d'André, un brave et loyal garçon, qui, en son absence dirigeait les travaux de la maison de M. Gandelu.
—De cette façon, pensait-il, j'échappe si complétement à Croisenois et à sa bande, que je pourrai presque me mêler à leur jeu sans qu'ils me devinent. Il me faudra aussi cesser de voir tous ceux qui ont consenti à m'aider, M. de Breulh, M. de Mussidan, ce brave père Gandelu, mais la poste est là. Pour les cas pressants j'aurai le télégraphe, et il sera discret, car je vais choisir des termes de convention et en aviser mes correspondants.
Sa résolution était prise; il écrivit à ces trois personnages qui s'intéressaient à lui, une longue lettre où il expliquait son plan.
La nuit tombait lorsqu'il eut fini: il ne pouvait rien entreprendre à cette heure: il alla dîner dans les environs, puis ayant mis ses lettres à la poste, il rentra afin de préparer son travestissement, de le «répéter,» pour ainsi dire.
Après s'être demandé quelle situation sociale serait le plus favorable à ses desseins, il avait décidé qu'il tâcherait de se donner l'apparence de ces malfaisants gredins qu'on rencontre le jour dans les estaminets borgnes de l'ancienne banlieu, autour des billards crasseux, et le soir à la porte des théâtres et des bals publics.