Le costume, il l'avait sous la main, parmi ses vieilles hardes de travail. Une
blouse bleu, un vieux pantalon à larges carreaux, de mauvaises chaussures et une casquette au rebut depuis des années, faisaient l'affaire.
Restait à changer le visage, et c'est à cette tâche que André s'appliqua.
Il commença par couper sa barbe, très peu forte, mais qu'il portait entière, puis il tailla ses cheveux sur le devant, de façon à ménager deux mèches qu'il lissa et colla sur ses tempes, avec force cosmétique.
Cela fait, il chercha quelques pains de couleur pour l'aquarelle, et armé d'un pinceau il commença son œuvre de «maquillage,» œuvre bien plus difficile qu'on ne croit.
Se barbouiller n'est rien, il faut pour se déguiser modifier le mouvement général de la physionomie. On n'arrive à ce résultat qu'en altérant la bouche et les yeux sièges principaux de l'expression.
André, quoique peintre, ignorait cela. Aussi n'est-ce qu'après de long tâtonnements qu'il obtint un résultat passable. Il s'habilla alors, il tortilla autour de son cou une vieille cravate, et sut placer sa casquette selon le genre, de côté, la coiffe aplatie en arrière, la visière cachant l'œil droit.
Quand, ainsi équipé, il se regarda dans la glace, il se jugea hideux. En artiste consciencieux cependant, il cherchait les défauts de son œuvre pour les corriger, lorsqu'on frappa à sa porte.