—Qui sait, pensait André, les gens du marquis sont peut-être là.

Il se creusait la tête à chercher un prétexte pour questionner le maître de la maison, lorsque deux nouveaux convives entrèrent, qui avaient endossé leur livrée eux, tandis que tous les autres étaient en gilet du matin.

Dès qu'ils parurent, un vieux à physionomie placide et satisfaite qui s'escrimait contre un beefsteack rebelle près d'André, battit les mains et s'écria:

—Ah!... voici messieurs de Croisenois!

Les domestiques le plus souvent, se donnent entre eux le nom des maîtres qu'ils servent, le jeune peintre n'ignorait pas ce détail; il se trouvait donc renseigné sans avoir à prendre des informations qui pouvaient le rendre suspect.

—Si seulement, pensait-il, ces messieurs avaient l'heureuse inspiration de se placer près de cet autre, qu'ils connaissent, j'entendrais leur conversation.

Cette inspiration, ils l'eurent; et, à peine assis, ils appelèrent le patron pour commander leur repas, le priant surtout de les servir promptement, parce qu'ils n'avaient pas, assuraient-ils, une minute à eux.

—Ah!... vous êtes pressés, leur dit le vieux, près de qui ils s'étaient mis, c'est donc pour cela que vous êtes déjà habillés à cette heure?

Ce fut le plus jeune des nouveaux venus, le cocher de M. de Croisenois, qui prit la parole.

—Tout juste, répondit-il, je dois conduire monsieur à son bureau, car il a un bureau maintenant; il est directeur d'une société pour l'exploitation de mines de cuivre. Fameuse affaire!... Au-dessus de la porte, on devrait écrire: Boucherie d'actionnaires!... Si vous avez des économies, monsieur Benoît, et vous devez en avoir, voilà une rude occasion.