L'affreux drôle alors changea de tactique, il feignit de se mettre en garde à son tour, porta sept ou huit coups rapides, et à une dernière parade d'André, se glissa sous son bras, et réussit, grâce à une volte rapide, à l'empoigner au-dessus de la ceinture.

La boxe, dès lors, dégénérait en lutte à main plate, et chacun des deux adversaires parut s'épuiser en efforts pour renverser, pour «tomber» l'autre.

Les joueurs s'étaient levés et faisaient cercle. Mais aucun d'eux n'était assez compétent pour remarquer que le chenapan ménageait visiblement André. D'abord aucun de ses coups n'avait porté. Puis, lorsqu'il l'eût saisi aux reins, il se préoccupa de faire un tapage affreux, bien plus que de triompher. Il renversa successivement une table et un poêle, et enfin, reculant jusqu'à la devanture, il réussit à en briser une partie d'un coup d'épaule.

Ces éclats de bataille allèrent réveiller le maître de l'établissement qui dormait à demi dans son comptoir. Il accourut furieux, suivi d'un de ses garçons, taillé en force, et à eux deux ils n'eurent pas trop de peine à séparer les combattants.

—Maintenant, mes camarades, déclara le marchand de vins, vous allez filer et prendre l'adresse de ma maison pour n'y plus remettre les pieds. Mais avant il s'agit de régler la casse.

D'un coup d'œil il évalua les dégâts, et ajouta:

—Il y en a pour dix-sept francs. Voyons votre monnaie... et dépêchez-vous, si vous n'avez pas envie de passer vingt-quatre heures au poste.

Sur ce mot de «poste,» le chenapan s'emporta, et avec une surprenante volubilité, il se mit à accabler des plus grossières injures, non-seulement le traiteur, mais encore les clients.

Il criait si fort, avec de telles menaces et des gestes si désordonnés, tapant du poing sur les tables à les fendre, que personne n'entendit André, qui, son porte-monnaie à la main, s'égosillait à répéter qu'il avait de l'argent qu'il ne demandait pas mieux que d'indemniser le traiteur, qu'il voulait payer...

—En voilà assez!... criaient les joueurs; vous êtes trop patient, patron, envoyez donc chercher les sergents de ville.