Il était destiné à d'autres surprises.
Le chenapan qui lui avait cherché dispute, dès en mettant le pied dans le bureau, avait changé de tournure et d'allure. Il jeta sur un banc sa casquette, rendit à ses cheveux leur pli naturel, et alla donner une poignée de main au secrétaire en demandant:
—Le patron est-il là?
—Oui, il cause en ce moment avec monsieur le commissaire, mais j'ai sonné pour prévenir, il sait que vous êtes là.
Satisfait de la réponse, le chenapan revint à André.
—Permettez-moi, monsieur, lui dit-il, de vous présenter mes compliments. Ah!... vous avez une solide poigne! Le premier coup de poing que vous m'avez décoché était, on peut le dire, réussi. Si je ne m'étais pas laissé tomber avant de le recevoir, j'étais écrasé. Le diable est que je n'ai pu éviter aussi heureusement le coup de pied qui était également fort joli et tout à fait de la bonne école.
Il s'arrêta. Une porte au fond de la pièce venait de s'ouvrir; une voix cria:
—Faites entrer.
André s'engagea, ou plutôt fut poussé par son adversaire de tout à l'heure, dans un étroit couloir; la porte se referma sur lui, et il se trouva dans une pièce tendue de papier et de rideaux verts, le propre cabinet du commissaire de police.
A droite, devant la fenêtre, se trouvait un bureau, et, près de ce bureau, un coude appuyé sur la tablette, était assis un homme d'un certain âge, d'apparence distinguée, portant cravate blanche et lunettes à branches d'or, le type achevé d'un chef de bureau ou d'un haut employé de ministère.