—Bon! fit-il tranquillement, si vous criez: C'est faux avec tant d'énergie, c'est que vous savez bien que je ne me trompe pas. Je n'ai plus besoin de preuves. Hier, M. de Mussidan est allé vous rendre visite, et mon agent m'a dit que sa figure rayonnait quand il est sorti de chez vous. Parbleu!... vous lui avez promis de le débarrasser de Croisenois sans éventer le secret, et en échange il vous a promis sa fille. Voilà qui explique cette casquette, cette blouse et votre «maquillage.» Dites-moi donc encore que je me trompe.

Le jeune peintre ne savait pas mentir, il n'osa répondre.

—Et ce secret, continua le monsieur, le connaissez-vous? M. de Mussidan vous l'a-t-il confié?... Moi, je l'ignore. Pourtant, si je voulais me donner la peine de chercher, si je cherchais bien... Tenez, on croit la police oublieuse, n'est-ce pas?... Eh bien!... on se trompe. Il n'est pas d'institution qui ait une si cruelle mémoire. Tant qu'une affaire n'est pas tirée au clair, comme disait mon maître, le père Tabaret, la police inquiète ne dort que d'un œil. Je sais tel crime oublié, dont trois générations de policiers se sont légué la recherche comme un mot d'ordre... Par exemple, avez-vous ouï dire que notre Croisenois avait un frère nommé Georges, bien plus âgé que lui?... Ce Georges, un beau soir a disparu de la façon la plus mystérieuse. Qu'est-il devenu? Ce Georges en son temps, il y a de cela vingt-trois ans, était des amis de Mme de Mussidan. La disparition d'autrefois n'expliquerait-elle pas le mariage d'aujourd'hui?...

Le jeune peintre se dressa frémissant.

—Qui donc êtes-vous, monsieur? dit-il. Je veux savoir à qui je parle.

Le monsieur aux lunettes sourit et répondit:

—Je suis M. Lecoq.

Au nom du célèbre policier, André recula tout effaré, doutant presque.

—Monsieur Lecoq!... balbutia-t-il, monsieur Lecoq!...

L'homme le plus fort a ses faiblesses. L'amour propre du célèbre policier fut délicatement chatouillé lorsqu'il vit quelle impression produisait son nom seul.