—Un secret... qui ne m'appartient pas, et si je vous le révélais, si je vous le laissais seulement soupçonner, je commettrais une action indigne.

Un imperceptible sourire glissa sur les lèvres de l'homme aux lunettes d'or.

—Vous ne voulez rien me confier, reprit-il... je parlerai donc. Je vous ai dit mes renseignements positifs; j'ai aussi des présomptions. Oui, je crois con

naître à peu près la vérité et vous allez voir par quelle série de raisonnements et de déductions j'y suis arrivé. Pourquoi épiez-vous le sieur de Croisenois? Parce que vous lui en voulez. Pourquoi? Serait-ce parce qu'il fonde la Société des Mines de Tifila? Non. C'est donc parce qu'il doit épouser une riche héritière, Mlle de Mussidan? Bon!... voici que vous rougissez déjà! vous n'êtes pourtant pas au bout.

En vérité, André était cramoisi.

—Nous disons donc, reprit le monsieur à cravate blanche, que vous voulez empêcher ce mariage. A quel propos?... Aimeriez-vous par hasard Mlle de Mussidan, seriez-vous certain qu'elle vous aime? Oui. Voilà déjà une raison, mais elle n'explique ni ne justifie votre travestissement. Il y a donc autre chose. Quoi? est-ce que Mlle de Mussidan ne devait pas épouser autrefois M. de Breulh-Faverlay? On me l'a affirmé. Le comte et la comtesse de Mussidan préfèrent donc à un des hommes les plus remarquables de Paris, un méchant petit marquis ruiné? Ce n'est pas possible. Il est clair qu'ils n'accordent leur fille à Croisenois qu'à leur corps défendant, qu'ils le méprisent et qu'ils le haïssent. Voilà donc un homme qui entre dans une famille et malgré cette famille et malgré la fille. Qu'est-ce que cela signifie? N'y aurait-il pas dans la vie du comte et de la comtesse quelque secret terrible que le Croisenois a surpris et dont il se fait une arme?...

—C'est faux, monsieur!... s'écria André, absolument faux!

L'homme aux lunettes haussa les épaules.