Et aussitôt il s'élança dans cette direction.

Déjà Pâlot n'était plus sous l'impression immédiate et palpitante de l'événement, et le long de la route il en calculait les conséquences.

—Que va dire le patron? pensait-il. Que je ne suis qu'un propre à rien. Ah!... il aura bien raison. Il me confie un de ses amis et je ne sais pas le défendre! Je suis déshonoré. Comment! je sais que la vie de ce garçon ne tient qu'à un fil, et je le laisse entrer dans une maison en construction!... Autant le tuer de ma main!...

C'est donc en tremblant que, une fois arrivé à l'hospice Beaujon, Pâlot s'informa près d'un interne de service d'un jeune homme qu'on venait d'apporter il n'y avait pas plus d'une demi-heure.

—Vous voulez parler du nº 17, répondit l'interne; il est dans un état déplorable; nous craignons une fracture du crâne, un épanchement, que sais-je!...

Il n'y eut rien de tout cela, et cependant ce ne fut que soixante-douze heures après sa chute qu'André reprit assez de connaissance pour se préoccuper de sa situation.

C'est vers le milieu de la nuit que le jeune peintre revint à lui; la pâle lueur d'une veilleuse éclairait à peine la salle immense de l'hospice; d'un coup, il vit où il était.

Être vivant encore lui parut étrange et d'autant plus prodigieux qu'il ne ressentait aucune souffrance aiguë. La douleur ne vint que lorsqu'il essaya de se retourner dans son lit. Cependant il remuait aisément les jambes et un bras.

—Je m'en tirerai, pensa-t-il... mais depuis combien de temps suis-je ici?

Il voulait recueillir ses idées; mais sa pensée vacillait comme celle d'un homme longtemps soumis à l'influence du chloroforme... il se rendormit.