Quand il se réveilla, il faisait grand jour, et la salle était pleine de monde et de bruit. C'était l'heure de la visite.
Le chirurgien en chef, un homme tout jeune encore, à la physionomie spirituelle et bienveillante, allait de lit en lit, suivi d'une vingtaine d'élèves, professant et démontrant tour à tour, et distribuant à ses malades de ces bonnes paroles qui donnent comme un avant-goût du bistouri.
Le tour d'André venu, le docteur lui apprit qu'il avait seulement une épaule démise, le bras gauche cassé en deux endroits, une immense blessure à la tête, et que son corps n'était qu'une contusion... Et il le félicita d'en être quitte à si bon marché.
Le jeune peintre l'écoutait à peine. Avec la raison, le souvenir de Sabine lui revenait, et il se demandait avec effroi ce qu'il allait advenir pendant qu'il était là, cloué dans son lit.
Cette inquiétude poignante lui arrachait des larmes, quand il vit se détacher du groupe des «carabins» et s'avancer vers lui un gros monsieur à énormes favoris roux, portant une haute cravate blanche et un chapeau de forme surannée, et qu'on devait prendre pour un de ces médecins de province, qui, à tous leurs voyages à Paris, suivent les visites des hôpitaux.
Ce monsieur se pencha vers André et murmura:
—Janouille.
A ce nom, qui était le mot de reconnaissance dont il était convenu avec M. Lecoq, André ne fut pas maître d'un mouvement qui lui arracha un cri de douleur.
—Je vois, reprit à voix basse le gros monsieur, que vous ne me reconnaissez pas.
Le jeune peintre n'en pouvait croire ses yeux. L'art du déguisement haussé à cette perfection invraisemblable, devient du génie.