Il ne faiblit pas, en effet, et, lorsque dans la soirée le duc de Champdoce se présenta, suivi de Perpignan et de Catenac, le jeune imposteur s'éleva à la hauteur de ses maîtres, et joua avec une déplorable perfection le rôle si difficile que commandaient les circonstances.

Mais il eût pu être gauche et maladroit sans danger; le duc de Champdoce n'en eût rien vu.

Cet homme, dont l'existence n'avait été qu'une longue suite de misères, et qui avait si terriblement expié les crimes de sa jeunesse, était comme saisi de vertige.

Si on l'eût écouté, Paul fût venu immédiatement s'établir avec sa femme à l'hôtel de Champdoce. Mais sur cette proposition, Martin-Rigal éleva des objections.

L'honorable banquier tenait à paraître médiocrement satisfait de voir son gendre devenir tout à coup duc et dix fois millionnaire.

Il objecta qu'il était bien tard, que Mme la duchesse n'était aucunement préparée à ce grand événement qui allait tomber dans sa vie...

Et enfin, il fut convenu que M. de Champdoce viendrait, le lendemain, déjeuner chez Martin-Rigal, et que, après le repas, il emmènerait son fils.

C'est à onze heures qu'on attendait le duc, rue Montmartre. Mais dix heures n'avaient pas sonné que déjà il se faisait annoncer dans le cabinet du banquier, où le maître de la maison, Catenac, Hortebize et Paul tenaient conseil.

Presque sur les pas de M. de Champdoce, Mme Flavie entra.

Pauvre fille!... Elle ne soupçonnait pas l'ignoble comédie, et depuis la veille cette pensée que son mari était l'unique héritier d'une grande maison la rendait presque folle de joie.