Elle voyait là, non le titre éblouissant de duchesse, qui devenait le sien, mais la justification de son choix.

—Eh bien!... disait-elle à son père, que ses naïves expansions mettaient au supplice, eh bien!... me railleras-tu encore d'aimer un pauvre bohême, un artiste sans nom, sans fortune... tu n'osais dire sans talent. Il se trouve que cet artiste, ce bohême, est un Dompair de Champdoce, et que son père possède des millions!...

Elle était entrée dans le cabinet de son père sur la pointe du pied, et elle demeura debout près de la porte, émue, ravie, retenant son souffle.

Le duc de Champdoce était assis sur le divan, près de Paul, et il tenait, il pressait entre ses mains la main de ce jeune homme qu'il croyait son fils.

Il racontait ses anxiétés de la nuit.

Il avait voulu disposer l'esprit de la duchesse à cet événement immense, d'autant plus inattendu qu'il lui avait tû ses investigations, et quelques mots d'espoir, bien vagues cependant, avaient failli mettre sa vie en péril.

—Ce matin, ajoutait-il, elle va tout à fait mieux, elle est avertie, elle espère...

Il fut interrompu brusquement.

De l'autre côté de la muraille faisant face à la porte, on frappait à coups redoublés.

—Oh!... fit M. de Champdoce, voici des voisins qui ne se gênent guère.