—Mademoiselle Sabine... Oh! vous êtes bien bonne... Merci!...

C'était bien Sabine, en effet, l'unique héritière de l'antique et orgueilleuse maison de Mussidan, qui était là, chez André, l'enfant trouvé de l'hôpital de Vendôme.

C'était Sabine, une jeune fille naturellement réservée et timide, élevée dans le respect des conventions sociales, qui risquait ainsi ce qu'elle avait de plus précieux au monde, son honneur, sa réputation.

C'était elle qui, bravant les préjugés de son éducation et de sa race, osait franchir l'effrayant abîme qui séparait le salon de la rue de Matignon de l'atelier de la rue de la Tour-d'Auvergne.

Il est de ces témérités que la raison admet à peine, mais que le cœur se charge d'expliquer aisément.

Depuis près de deux ans Sabine et André s'aimaient.

C'est au château de Mussidan, au fond du Poitou, qu'ils s'étaient rencontrés pour la première fois, réunis par un de ces concours de petits événements qui seront l'éternelle confusion de la prudence humaine.

L'homme conçoit et combine des projets, mais au-dessus plane la Providence—les imbéciles disent: le hasard—dont la main prévoyante arrange et dispose tout pour l'accomplissement de ses impénétrables desseins.

A la fin de l'été de 1865, André, dont un travail excessif altéra la santé, projetait un voyage, lorsque Jean Lantier, son patron, le fit, un soir, prier de passer chez lui.

—Si vous voulez, lui dit-il, vous reposer et gagner trois ou quatre cents francs du même coup, j'ai, je crois, votre affaire. Un architecte me demande un sculpteur pour quelques travaux en province, dans un pays magnifique, vous plairait-il de vous en charger?