La proposition convenait si bien à André, que dès la fin de la semaine il se mit en route, se promettant un mois de bon temps.
Tout devait lui réussir. Le jour même de son arrivée à Mussidan, ayant examiné le travail pour lequel on l'avait mandé, il reconnut qu'il serait un jeu pour lui. Il s'agissait d'exécuter quelques raccords le long d'un balcon récemment réparé. Le tout pouvait être aisément fini en moins d'une quinzaine.
Mais il ne se pressa pas. Le pays lui plaisait, il trouvait dans les environs des motifs d'études charmants, et sa santé se rétablissait à vue d'œil.
Puis, raison impérieuse et qu'il ne s'avouait qu'à demi, de ne pas se hâter, il avait entrevu dans le parc, glissant comme une ombre entre les arbres, une jeune fille dont un seul regard l'avait ému d'une émotion nouvelle pour lui et délicieuse.
Cette jeune fille était Sabine.
Les chaleurs venues, le comte de Mussidan était parti pour l'Allemagne, la comtesse s'était réfugiée à Luchon, et ils n'avaient trouvé rien de plus sage que d'envoyer leur fille passer quelques mois en ce vieux manoir de famille, sous la protection d'une de leurs parentes très âgée, la douairière de Chevauché.
L'histoire des deux jeunes gens, histoire simple et naïve, fut celle de tous ceux qui ont été vraiment jeunes et qui ont aimé.
Une niaiserie fut le prétexte des premières paroles qu'ils s'adressèrent en rougissant autant l'un que l'autre.
Le lendemain, Sabine vint sur le balcon voir travailler André, prenant un plaisir enfantin au mouvement des outils façonnant la pierre dure.
Qui lui eût dit qu'elle s'intéressait au sculpteur et non à la sculpture l'eut certes profondément surprise. Cela était ainsi, pourtant.