Quoiqu'il fût plus troublé qu'il ne l'avait été de sa vie, André osa lui adresser la parole.
Ils causèrent longtemps, et elle était stupéfiée de l'élévation des pensées de ce jeune homme qui, avec sa grande blouse blanche et son chapeau de feutre souple, lui avait paru un ouvrier ordinaire.
Ignorante et inexpérimentée, Sabine pouvait ne pas démêler au juste les sentiments qui tressaillaient en elle.
André ne s'abusa pas.
Un soir, après un sévère examen de conscience, il fut obligé de s'incliner devant la réalité.
—Il est clair que je suis amoureux! murmura-t-il.
Puis une lueur de raison éclairant sa folie, il mesura les infranchissables obstacles qui le séparaient de cette jeune fille si noble et si riche, et il fut saisi d'effroi.
—Il faut fuir, s'écria-t-il, bien vite, sans réfléchir, sans retourner la tête; il ne fait pas bon pour moi ici.
On dit cela de la meilleure foi du monde, on prend parti, et ensuite... On reste... Ainsi fit André.
Il est vrai que la fatalité, comme toujours, sembla s'en mêler.