—Je vous confesserai sans ambages, monsieur le marquis, reprit le placeur, que votre mariage est conclu si nous le voulons, mes associés et moi. Nous pouvons vous garantir le concours actif du comte et de la comtesse de Mussidan. Reste à obtenir le consentement de la jeune fille.
Croisenois eut un geste magnifique de suffisance.
—Oh! je l'aurai, s'écria-t-il, je m'en charge. Chaque époque a ses moyens de séduction, j'ai étudié et pratiqué ceux de la nôtre. Je promettrai les plus beaux chevaux de Paris, une loge aux Italiens, un crédit illimité chez Van Klopen, une liberté absolue... Quelle jeune fille résisterait à de tels éblouissements. Oui, je réussirai... Ah! à une condition, toutefois, c'est que je serai patronné par une personne jouissant d'une certaine influence dans la maison...
—Pensez-vous que la vicomtesse de Bois-d'Ardon, soit une marraine convenable?
—Peste!... je le crois bien, une parente du comte!...
—Eh bien!... le jour où nous le voudrons, Mme de Bois-d'Ardon appuiera vos prétentions et chantera vos louanges.
Le marquis se dressa triomphant.
—En ce cas, s'écria-t-il d'un ton à faire coiffer sainte Catherine à toutes les héritières, en ce cas l'affaire est dans le sac.
Paul se demandait s'il était bien éveillé. Quoi!... on lui avait promis une femme riche, à lui, et voici qu'on mariait cet autre!
—Ces gens-ci, se dit-il, outre qu'ils placent les domestiques des deux sexes et autres, m'ont tout l'air de faire fonctionner, moyennant espèces, «la profession matrimoniale.»