Il était évident pour moi que cet inconnu souffrait horriblement, et je me disais avec une sorte de satisfaction malsaine:

«Il n'y a donc pas que les misérables à maudire la vie; les riches, eux aussi ont donc leurs tortures?»

Cependant les garçons s'étaient empressés d'obéir. Ils avaient apporté de l'eau-de-vie, du papier, de l'encre.

L'homme commença par se verser un grand verre, qu'il avala comme de l'eau. L'effet fut soudain et terrible. Il devint cramoisi, comme s'il allait avoir un coup de sang, et resta plus d'une minute privé de sentiment, anéanti.

Je l'observais avec une curiosité ardente. Une voix me criait que désormais un lien mystérieux existait entre cet inconnu et moi, qu'il serait pour quelque chose dans mon existence, et que son influence me serait fatale.

Si effrayante était cette voix, qu'un moment j'eus l'idée de sortir. Je résistai. La curiosité m'ardait.

L'inconnu cependant revenait à lui.

Il saisit sa plume, et rapidement traça quelques lignes sur une feuille du cahier de papier à lettres placé devant lui.

Elles ne le satisfirent pas, car brusquement il s'interrompit, tira de sa poche un briquet et brûla cette première épreuve.

Le courage lui manquait. Il se versa et but un second verre d'eau-de-vie.