—Connu!... murmura-t-il, connu!...
—En effet, monsieur le marquis, vous devez avoir médité ces vérités, vous qui ne m'avez jamais laissé vous choisir un valet de chambre.
—Oh! j'ai la main si heureuse!
—Je le sais. Vous trouvez des serviteurs uniques, impayables, qui refusent les louis qu'on leur offre. En suis-je moins exactement informé de vos actions? Non. En revanche, vous avez près de vous, est-ce bien prudent? un homme que vous ne connaissez pas...
—Oh!... Morel m'a été recommandé par un de mes amis, sir Waterfield...
—Possible!... Ce qui n'empêche qu'il m'inquiète, ce gaillard à allures raides... Nous y reviendrons... Pour en finir, je vous dirai qu'ayant reconnu et calculé la puissance énorme dont disposent les domestiques, je conçus le projet de m'approprier cette puissance sans emploi, de l'emmagasiner, pour ainsi dire, comme de la vapeur, et enfin de l'utiliser à notre profit après l'avoir réglée. Et cela, je l'ai fait. Ce bureau, qui n'a l'air de rien, est comme le centre d'une toile d'araignée qui a coûté vingt ans d'efforts et de patience, mais qui enveloppe Paris.
Je suis ici, les pieds devant le feu, mais j'ai partout des yeux écarquillés et des oreilles largement ouvertes, qui voient et entendent pour moi.
La police dépense des millions pour entretenir ses agents. J'ai, moi, sans bourse délier, une armée d'agents incorruptibles et dévoués.
Je reçois, en moyenne, tous les jours, cinquante domestiques des deux sexes. Comptez ce que cela fait au bout de l'année.
Et pendant que les espions de la police en sont réduits à rôder furtivement autour des maisons qu'ils observent, les miens sont au cœur de la place, ils y vivent, ils sont mêlés aux intérêts, aux passions, aux intrigues qui s'agitent. Et ce n'est pas tout. Par les employés que je place, caissiers ou teneurs de livres, j'ai un pied dans le commerce. Par mes garçons de restaurant, j'ai la clé des cabinets particuliers les plus mystérieux.