C'est avec l'accent de l'orgueil satisfait que B. Mascarot expliquait les rouages de sa redoutable machine. Ses lunettes étincelaient.

—Et ne croyez pas, reprit-il, que tous ces gens sont dans le secret. Non, Dieu merci!... Ils ne savent, pour la plupart, ce qu'ils font, et là est ma force. Chacun d'eux m'apporte incessamment son brin de fil, et c'est moi qui en fais la corde qui attache mes esclaves. Ils viennent ici, ils causent, ils sont indiscrets et médisants, voilà tout. Nous sommes ici trois qui passons notre vie à écouter.

Puis, le soir, nous passons au crible tout ce qui nous a été dit, et toujours, parmi les bavardages, surnage quelque renseignement que j'utilise.

Tous ces gens qui me servent sans s'en douter, je ne puis les comparer qu'à ces oiseaux singuliers des solitudes du Brésil, dont la présence annonce infailliblement une source souterraine. A l'endroit précis où l'un d'eux a chanté, le voyageur mourant de soif peut creuser, il trouvera de l'eau. Mes oiseaux à moi me révèlent simplement l'existence d'un secret. Creuser est ensuite mon affaire. Je mets en campagne mes agents spéciaux, je cherche et je trouve... Voilà, monsieur le marquis, ce qu'est au juste notre association.

—Et par certaines années, insista le docteur Hortebize, elle a rapporté plus de deux cent cinquante mille francs.

Si M. de Croisenois détestait les longs discours, il était fort sensible à l'éloquence des chiffres.

Il connaissait trop la vie de Paris pour ne pas comprendre qu'à jeter ainsi quotidiennement son filet en eau trouble, B. Mascarot devait prendre beaucoup de poisson,—c'est-à-dire considérablement d'argent.

De là à s'unir plus étroitement à des hommes de tant d'expédients, la pente était naturelle.

Il arbora donc sa plus aimable physionomie, pour demander d'un ton de douce raillerie:

—Enfin, par quels services mériterai-je la protection de la société?