Il s'était bien juré que la veille de son mariage il vendrait ses chevaux de courses et romprait avec des habitudes qui l'excédaient. Et voici que ce mariage tant souhaité devenait impossible!...

Lorsqu'il entra à son club, les traces de ses émotions étaient si évidentes, que plusieurs jeunes gens occupés à battre les cartes laissèrent voir leur surprise et ne purent s'empêcher de lui demander si par hasard «Chamboran», un de ses chevaux, déjà classé pour le Grand Prix, n'était pas indisposé.

Il répondit que «Chamboran» se portait a merveille, et se hâta de passer dans un des petits salons réservés à la correspondance.

—Sur quelle herbe a donc marché de Breulh?... remarqua un des joueurs.

—Qui sait?... Le voilà en train d'écrire.

Il écrivait, en effet, à M. de Mussidan pour retirer sa parole, et la besogne n'était pas aisée.

En relisant sa lettre, M. de Breulh dut s'avouer que sous chaque phrase perçait une pointe d'ironie, et que le ton général accusait un dépit dont on ne manquerait pas de lui demander les raisons.

On a beau être chevaleresque, on est homme, et toujours quelques levains mauvais fermentent et s'agitent sous les plus généreuses résolutions.

—Non, dit M. de Breulh, cette lettre est indigne de moi.

Et sur cette réflexion, il recommença, cherchant, pour les exposer, les excuses les plus naturelles, parlant vaguement de sa vie, d'habitudes enracinées, de certaine liaison qu'il ne sentait pas le courage de briser.