Cependant M. de Breulh avait terminé son examen.
Pour lui, désormais, le talent de André était évident, indiscutable.
Sur toutes ces toiles, esquissées à la hâte, on pouvait relever de grands défauts, des inexpériences, des témérités malheureuses, mais chacune d'elles était marquée au cachet d'une puissante individualité.
André était un «homme» dans la forte acception du mot; il était «artiste» aussi,—en restituant à ce titre magnifique son véritable sens.
Dire que l'orgueil de Breulh-Faverlay ne saignait pas sous les griffes aiguës de la jalousie serait trop dire. Mais il sut dompter les révoltes des sentiments mauvais. C'est franchement et loyalement qu'il tendit la main au jeune peintre.
—Lorsque je suis entré chez vous, monsieur, lui dit-il, je désirais un tableau de vous; maintenant je le veux... Ce n'est plus sur la foi d'un autre que je crois à votre talent.
Et comme André ne répondait pas:
—J'ai choisi mon esquisse, ajouta-t-il, arrêtons nos conditions.
Pauvre, sans protecteurs, sans influence d'école, attaché à la rude tâche quotidienne qui lui donnait du pain, André n'avait eu ni le temps ni les moyens d'aller étudier aux pays classiques les secrets des poésies de convention. Il se contentait de rendre ce qu'il voyait et sentait. Il estimait que faire palpiter sur la toile la passion et la vie est un peu plus difficile que d'y peinturlurer des bonshommes en costumes étrangers.
Entre toutes ses esquisses, il s'en trouvait une qu'il avait appelée: Le Lundi à la Barrière.