Au premier plan, deux hommes luttaient qu'un troisième s'efforçait de séparer. Les vêtements déchirés laissaient voir les torses nus. Les muscles saillaient sous les chairs palpitantes. Les visages avaient les contorsions de l'ivresse, de la haine et de la colère.
Un peu à droite, une femme, la cause du combat, était étendue à terre, les cheveux épars, une large blessure à la tempe, et deux de ses compagnes accroupies près d'elle, s'efforçaient de lui faire reprendre ses sens.
Quelques badauds faisaient cercle; des enfants se sauvaient, et dans le lointain on apercevait les tricornes des sergents de ville qui accouraient.
Chose vulgaire! oui. Scène vraie.
Et seule, la vérité, à cette heure, peut sauver l'art... mais la vraie, non la convenue, celle qui agrandit et généralise, non celle qui particularise et rapetisse...
C'est cette esquisse que désigna M. de Breulh.
—Voilà, dit-il, ce que je voudrais.
Alors, André, avec cette insistance pratique que donne l'habitude des déceptions, entra dans les détails de l'exécution, s'expliquant sur la composition, sur les proportions à donner au sujet, sur les dimensions de la toile, sur tout, enfin.
M. de Breulh, du geste et de la voix, approuvait.
—Ce que vous ferez, disait-il, sera bien fait; que rien ne vous gêne ni ne vous inquiète: obéissez à vos inspirations.