Aussi parlait-il avec une lenteur calculée pour exciter l'impatience de son auditeur, soulignant ses intentions, triant ses phrases et épluchant ses mots.

—Vous comprenez aisément, cher monsieur Tantaine, reprit-il après une pause, que la naïve proposition de ce vieillard me réjouit considérablement.

Je n'apercevais à faire qu'une démarche fort simple, consistant à aller prendre des renseignements à l'hospice où avait été déposé l'enfant en question. Je me disais que ce vieux serait bien pauvre si la moitié, le quart même de sa fortune ne me dédommageait pas amplement de mes peines.

Je lui répondis donc bravement que je me faisais fort de le satisfaire, pourvu qu'il consentit à m'accorder un peu de temps.

Mais, ainsi que vous l'allez voir, je me réjouissais beaucoup trop tôt, et le bonhomme était un fin renard.

Après m'avoir bien laissé causer et m'enferrer, il m'arrêta:

«—Vous ne m'avez pas laissé finir, reprit-il, laissez-moi vous expliquer toutes les circonstances, et peut-être votre zèle sera-t-il refroidi, et jugerez-vous la tâche moins aisée.»

—Naturellement, je lui répondis qu'avec les surprenants éléments d'investigations que je possède, nul ne saurait se dérober à mes recherches, et que pour moi l'Europe n'est qu'une cage où je n'ai qu'à allonger la main pour saisir l'oiseau que bon me semble, si sûrement qu'il se présume caché.

C'est qu'en effet, l'organisation de mon bureau de renseignements est telle que, sans vanité, je puis me vanter...

—Passons! passons!... dit le père Tantaine, je connais.