—Oui, Jean est un brave, lui aussi; c'est connu. Mais c'est égal. Où il n'y a pas de pierre d'attente, on n'accroche pas une bâtisse. Quand un garçon n'a rien ici—il se battait la poitrine à la briser,—quand il n'a rien là—il se frappait le front,—on perd son temps, ses soins et ses peines. Vous n'étiez rien, vous, et vous êtes quelque chose...

C'est vainement que André essayait d'arrêter M. Gandelu; ce panégyrique ne laissait pas que de l'embarrasser.

Mais l'entrepreneur était lancé.

—Oui, insista-t-il, vous êtes quelque chose. Vous faut-il cent mille francs pour entreprendre quelque affaire? ils sont à votre service, à trois, pour le temps que vous voudrez. Ah!... si j'avais une fille et qu'elle vous plût! Je vous dirais: Tope, garçon!... elle est à toi, voilà la dot, écus, et je vous bâtirais une maison!...

André ne connaissait pas assez M. Gandelu pour comprendre d'où soufflait l'orage.

—Il faut bien se remuer, fit-il, quand on ne peut compter que sur soi.

—C'est vrai, fit l'entrepreneur d'une vois profonde qui trahissait une cruelle souffrance; vous n'avez jamais connu vos parents. Vous ne savez pas ce qu'est un père, vous, un bon père... vous aimeriez le vôtre, vous!...

Il s'interrompit, et comme André ne répondait pas, brusquement il lui demanda:

—Vous connaissez mon fils?...

Le ton de M. Gandelu, cette question à brûle-pourpoint: «Connaissez-vous mon fils?» devaient éclairer André.