Il n'acheva pas la citation. André venait de lui saisir le poignet, et le lui serrait à le faire crier, en lui soufflant à l'oreille;
—Plus un mot.
Mais le silence lugubre qui suivit ne pouvait faire le compte de M. Pierre-Gaston.
—Oui, reprit-il, silence et mystère... connu. Seulement, je voudrais bien savoir de quoi il retourne, et ce que cela signifie?
C'est à André que répondit M. Gandelu.
—Je vais tout vous expliquer, monsieur André, commença-t-il, et vous me plaindrez, vous, et vous comprendrez ma souffrance. Hélas! mon malheur doit être celui de bien des pères. On dit que c'est notre destinée, à nous autres parvenus, de bâtir sur le sable et de voir s'effondrer tous les projets que nous formons pour l'avenir de nos enfants. Nos fils, qui devraient être la glorification de notre travail, deviennent comme le châtiment de notre orgueil.
—Pas mal! pour un homme qui n'en fait pas son métier, murmura le jeune monsieur Gaston, j'ai toujours dit que papa finirait dans les bénisseurs.
M. Gandelu, par bonheur, ne put entendre cette nouvelle impertinence. Il poursuivait d'une voix rauque et brève:
—Ce malheureux qui est là, monsieur André, est mon fils. Sur la mémoire de sa sainte mère, défunte ma femme, je jure que depuis vingt ans il a été ma seule et unique préoccupation. Voici vingt ans que sa pensée emplit mon cœur, ma tête, mes veines, que je ne vis que par lui et pour lui. Eh bien! la semaine passée, il pariait, il jouait sur ma vie ou ma mort, comme vous parieriez sur une de ces rosses qu'on va voir sauter des haies aux courses de Vincennes...
—Ah! mais non! s'écria le jeune M. Gaston, celle-là est trop forte.