L'entrepreneur eut un geste de mépris éclatant.

—Ayez donc au moins, dit-il, le courage de votre infamie, de votre crime. Pauvre garçon!... vous m'avez cru aveugle, parce qu'il ne me plaisait pas de vous dire: Je vois! Il m'a bien fallu ouvrir les yeux à la fin...

—Cependant, papa...

—Ne niez pas... Ce matin, mon homme d'affaires, Me Catenac, est venu me rendre visite, et il a eu cet affreux courage, que les vrais amis ont seuls, de me dire la vérité. Je sais tout...

L'accent de M. Gandelu trahissait un tel excès d'horreur, on sentait si bien que pour lui, désormais, c'en était fait de tout bonheur ici-bas, que André demandait, non sans effroi, quelle révélation il allait entendre.

Ce devait être horrible, car l'assurance du jeune M. Gaston faiblissait, et sa verve si spirituelle et si brillante paraissait éteinte.

—C'est pour vous dire, monsieur André, reprit l'entrepreneur, que la semaine passée j'ai été pris d'une attaque de goutte comme on n'en a pas deux dans sa vie. Pendant trois jours on a cru, et je pensais bien moi-même, que j'avais gâché mon dernier sac. J'avais fait mon testament. Les bâtisses solides s'écroulent tout d'un coup, et je me sentais ébranlé des fondations au faîte. Durant ces longues heures de souffrances, mon fils ne m'a pour ainsi dire pas quitté. Et moi, pauvre niais de père, en le voyant à mon chevet, attentif et le visage triste, je me sentais pénétré d'une joie profonde.

«Il m'aime donc, me disais-je, je m'étais trompé. Sa tête est folle, mais il a bon cœur. Il me pleurerait si je mourais, il répandrait de vrais larmes.»

D'autres fois je pensais:

—«C'est tout de même bon d'être malade, on a son fils près de soi.»