André se redressa, comme pour donner plus de poids à ses paroles.

—Donc, reprit-il, ce prétendant dont nous parle la lettre qui a surgi soudainement, s'il épousait Mlle de Mussidan, l'épouserait malgré sa volonté, à elle, malgré la volonté de ses parents. Pourquoi? D'où vient à cet homme cette mystérieuse puissance? Cette influence est trop grande, trop indiscutable, pour être avouable. Si le comte et la comtesse se résignent à cette honte de forcer la main de leur fille, c'est qu'eux-mêmes ont la main forcée. Et croyez que la contrainte est purement morale. Sabine n'en souffrirait pas d'autre, je la connais. On lui a montré le sacrifice, en lui disant: «Là est le devoir,» et elle se sacrifie... Donc cet homme, quel qu'il soit, ne peut être que le dernier des misérables!...

C'était net, précis, indiscutable.

Toutes ces pensées, M. de Breulh les avait vaguement entrevues dans la demi-obscurité du doute, mais il n'en avait pas trouvé la formule.

—Et ceci admis, demanda-t-il, que comptez-vous faire?

Un éclair brilla dans les yeux d'André, terrible pour qui connaissait son indomptable énergie.

—Moi, répondit-il, rien pour le moment. Sabine me conjure de l'oublier, j'aurai l'air de lui obéir. Modeste a en moi assez de confiance pour me servir et se taire. Je saurai attendre, me préparer à la lutte. Le misérable qui en ce moment brise ma vie ne sait pas que j'existe... Là est ma force et mon espoir. Je lui révélerai mon existence le jour où je l'écraserai.

Mais M. de Breulh ne partageait pas cette belle confiance.

—Prenez garde, mon cher André, murmura-t-il, prenez garde, le moindre éclat perdrait votre cause à tout jamais.

Le jeune peintre secoua fièrement la tête.