Entrée chez M. de Breulh sous le poids d'une émotion poignante, elle oubliait la gravité de sa situation, pour n'en plus voir que le côté comique.
—Véritablement, mon cher Gontran, reprit-elle, jamais on n'a vu une aventure aussi surprenante que celle qui vous vaut ma visite. Il n'y a qu'à moi qu'il arrive des choses pareilles!
Encore une prétention de Mme de Bois-d'Ardon. Elle est persuadée que sa vie n'est qu'une longue suite d'incidents tout à fait particuliers.
—Je vous écoute, ma chère Clotilde, dit M. de Breulh.
—Et vous ne perdrez pas votre temps, allez! Imaginez-vous que ce matin, c'est-à-dire il y a deux heures, j'étais horriblement en retard, ayant eu pour le moins une vingtaine de visites. J'allais monter m'habiller, quand on m'a annoncé encore un visiteur. J'étais furieuse, mais l'importun arrivait sur les talons du valet de pied; il me voyait de l'antichambre, impossible de le congédier. Bien malgré moi, je donne l'ordre de le faire entrer. Il entre. Devinez quel était ce visiteur? Je vous le donne en dix, en cent, ou mille... Y êtes-vous?
—Pas du tout.
—Eh bien!... c'était le marquis de Croisenois.
—Le frère de ce Croisenois disparu si mystérieusement il y a une vingtaine d'années?
—Lui-même.
—Il est donc de vos amis?