—C'est-à-dire que je ne le connais pas du tout. Je l'ai rencontré dans le monde, je dois avoir dansé avec lui; il me salue au bois, et c'est tout.
—Et il venait comme cela...
D'un joli geste mutin, la vicomtesse imposa le silence à M. de Breulh.
—Chut donc! fit-elle d'un petit ton fâché, vous me coupez tous mes effets. Oui, il venait comme cela. C'est d'ailleurs un fort joli cavalier, mis avec goût, fort aimable, causant bien. Il se présentait chez moi sous le meilleur patronage. Il m'arrivait porteur d'une lettre de recommandation d'une vieille amie de ma grand'mère et de la vôtre, la marquise d'Arlange; vous la connaissez bien.
—N'est-ce pas cette excentrique personne qui est la grand'mère de la jeune comtesse de Commarin?
—Juste!... Moi d'abord je raffole de cette vieille femme; elle jure comme un sapeur, et quand elle se met à raconter des histoires de sa jeunesse, elle est «épatante.»
Ce dernier mot fit bondir André sur sa chaise. Il était fort naïf. Il ne connaissait de femme de l'aristocratie que Sabine, et, selon lui, toutes devaient ressembler à ce parfait modèle.
Il ignorait que, pour l'heure, les jeunes femmes du monde, des meilleures et des plus honnêtes en réalité, se donnent un mal affreux pour affecter le plus détestable ton possible. Peut-être croient-elles ainsi faire preuve de désinvolture, d'indépendance et d'esprit.
Émailler leur conversation de tous les mots d'argot qu'elles peuvent accrocher sur les lèvres de leurs frères ou de leur mari, leur procure un vif plaisir.
Ressembler le plus qu'elles peuvent à ces «demoiselles,» qu'elles appellent «des horreurs,» mais dont elles copient les façons et singent les toilettes, paraît être leur plus chère ambition.