La vicomtesse parut confondue de cette perspicacité.
—C'est pourtant vrai!... répondit-elle d'un ton grave. Il venait me présenter ma facture chez moi, dans mon salon, devant un étranger; il était entré malgré mes gens! Qui jamais se fût attendu à un tel excès d'impudence de la part de Van Klopen, un homme qui fournit la plus haute société!...
—Oui, c'est inimaginable.
—Aussi ai-je été indignée, et lui ai-je ordonné de sortir sur-le-champ. Je me figurais qu'il allait se retirer en se confondant en excuses. Quelle erreur! Voilà un coquin qui se met à se fâcher, à parler tout haut, et qui me menace, si je ne le paye pas sur-le-champ de s'adresser à mon mari.
M. de Bois-d'Ardon est le plus généreux des époux; il donne à sa femme, tous les mois, une somme considérable pour sa toilette; mais sur l'article dettes, il ne plaisante pas. M. de Breulh le savait.
—Terrible menace, fit-il. La facture était donc bien importante?
—Elle s'élevait à dix-neuf mille et tant de cents francs!... Vous concevez ma frayeur; elle était si grande que, toute rouge de honte, je priai humblement Van Klopen de patienter, lui promettant de passer chez lui dans la journée avec un acompte; mais ma faiblesse redoubla son audace, et perdant toute mesure, il osa s'asseoir sur un fauteuil, déclarant qu'il ne s'en irait pas avant d'avoir reçu de l'argent ou vu mon mari.
M. de Breulh eut un geste dont la vue seule eût fait frissonner le couturier des reines.
—Que faisait donc M. de Croisenois? s'écria-t-il.
—Il n'avait rien dit jusqu'alors. Mais sur cette insolence, il se leva, tira un portefeuille et le lança à la figure de Van Klopen en lui disant: «Paye-toi, drôle, et sors!»