Nul comme le docteur ne savait émettre à propos ces maximes dissolvantes qui sont comme le lien commun de la corruption.
Il professait, prétendait-il, le catéchisme des forts.
Il prêchait deux morales, celle des intelligents et celle des imbéciles.
—De quelle postérité voulez-vous être, demandait-il à Paul, de celle d'Abel ou de celle de Caïn? Entre les deux, il faut opter sans rémission. Éternels moutons, les fils d'Abel seront toujours tondus. Les descendants de Caïn, au contraire, savent s'armer de ciseaux et tondre. Que redoutez-vous? Ce n'est plus Dieu maintenant qui, du haut des nuages, crie: «Caïn, qu'as-tu fait de ton frère?» C'est la justice humaine qui se contente de demander si on s'est débarrassé d'Abel selon les règles prescrites par le code.
Puis, tous ces discours, il les condensait en aphorismes mis en pratique, affirmait-t-il, par les heureux du monde.
Il disait à Paul:
«Le succès justifie tout.»
«Une bonne grosse infamie qui enrichit d'un coup, épargne quantité de petites infamies de détail que se permettent les plus honnêtes gens.»
Ou encore:
«Le grand chemin de la fortune est si encombré, que ceux-là seuls arrivent au but qui ont l'adresse de prendre un chemin de traverse.»