Si depuis sa sortie de l'hôtel du Pérou, il avait été ébloui par la rapidité des événements, son installation dans cet appartement de la rue Montmartre, lui paraissait tenir du prodige.

Il était stupéfait de la quantité de gens que l'honorable placeur savait faire mouvoir et forcer de concourir à la réussite de ses projets.

Cette portière qui assurait le connaître, ces concierges de la rue Jacob près desquels on pouvait aller aux renseignements, ces élèves qu'on lui procurait, tous ces gens n'étaient-ils pas comme autant d'esclaves qu'un secret livrait pieds et poings liés à la discrétion de B. Mascarot?

Était-il à craindre d'échouer avec de tels éléments de succès? Risquait-on même quelque chose, protégé par un homme à qui rien n'échappait, qui semblait disposer à son gré des événements, qui organisait le hasard à sa convenance?

—Et j'hésiterais, se disait Paul en arpentant d'un pied fiévreux son nouvel appartement, et j'aurais des scrupules! Ah! ce serait trop bête.

Il dormit mal cependant cette première nuit. A diverses reprises, il s'éveilla en sursaut. Il lui semblait voir rôder autour de son lit l'ombre vengeresse de l'homme dont il volait la personnalité.

Mais le lendemain, lorsque l'heure arriva d'aller donner sa première leçon, il se sentait en veine de courage, il faudrait dire d'impudence, et c'est d'un pas leste, la tête haute et la mine assurée qu'il se rendit à l'adresse indiquée sur la carte de Mme veuve Grodorge, celle qui devait se déclarer la plus ancienne de ses élèves.

Certes, il ne se doutait guère que deux de ses protecteurs, dissimulés derrière un lourd camion, le surveillaient et l'observaient.

C'était ainsi, cependant.

Amenés par le même désir de savoir comment Paul acceptait sa situation nouvelle, depuis qu'il était livré à lui-même, le bon Tantaine et le docteur Hortebize s'étaient rencontrés au coin de la rue Joquelet, juste à temps pour voir passer leur disciple et saisir sur sa physionomie l'expression de ses sensations.