—Et tu crois que les portiers disent les noms comme cela?

—Pas du tout. Aussi a-t-on toujours sur soi une ficelle, qui consiste en un joli petit portefeuille de treize ou vingt-cinq. Quand le pipelet vous a répondu d'un ton rogue: «Connais pas!» On sort le calepin de sa poche, et on dit d'un air de n'y pas toucher: «C'est vexant, car elle vient de laisser tomber ceci devant la maison, sur le trottoir, je voulais le lui rendre.»

Ravi de l'effet qu'il produisait, Toto vida, comme le plus vieil Allemand du Grand Turc, un énorme verre de bière, et poursuivit:

—Là-dessus, le portier devient aimable et poli, il dit le nom, il indique l'appartement, et l'on monte. Pour cette première fois, il s'agit de s'informer si la femme est mariée ou non, ce qui n'est pas malin. Si elle ne l'est pas, on a perdu son temps. Si elle l'est tout va bien!...

—Que dit-on dans ce cas?

—Rien. Seulement on va aux renseignements; puis, le lendemain, de bonne heure, on vient se mettre en faction devant la maison pour guetter la première sortie du mari. Dès qu'il s'est éloigné, on ne fait ni une ni deux, on va sonner chez lui, et on demande à parler à son épouse: c'est là qu'il faut de l'aplomb! «Madame, lui dit-on, j'ai pris hier, dans la journée, le fiacre numéro tant,—on indique le numéro de son fiacre à elle,—et j'ai eu le malheur d'y oublier mon porte-monnaie, qui contenait cinq cents francs. Comme je vous ai vue monter dans cette voiture immédiatement après moi, je viens vous demander, si, par hasard, vous ne l'auriez pas trouvé.»

Vous pensez bien que voilà une femme pas contente. Elle nie, elle se défend, elle se fâche, elle menace. Mais on ajoute poliment:

«Puisque c'est ainsi, madame, je m'adresserai à votre mari.»