Toto faillit briser sa chope, tant il la posa rudement sur la table.
—Me laisserez-vous parler? fit-il.
—Cause, Toto, répondirent les autres.
—M'y voilà. Donc, quand on a besoin de monnaie, on file aux Champs-Élysées, les mains dans ses poches, et on va s'asseoir sur un banc, le long d'une des avenues qui sont entre la grande allée et le quai. Sur son banc, on fait ce qu'on veut; on peut en «griller une ou deux,» mais en même temps on guigne les fiacres qui marchent doucement. Dès qu'il s'en arrête un, on court voir qui en descend. Si c'est une honnête femme, on a gagné sa journée.
—Et tu sais reconnaître une honnête femme, toi!
—Un peu! Est-ce que cela ne se voit pas! Une honnête femme qui descend d'une voiture où elle ne devrait pas être fait une drôle de figure, je vous le promets. Elle est à la portière, qui allonge la tête, qui guette de droite à gauche, qui baisse son voile si elle en a un. Dès qu'elle croit que personne ne le regarde, elle saute à terre, et elle part comme si elle avait le diable à ses trousses...
—Et ensuite?
—Ensuite!... On prend le numéro de la voiture et on «file» la dame jusque chez elle.
Pour le coup, le bon Tantaine n'en pouvait douter, Toto intéressait prodigieusement ses auditeurs.
Pour lors, continua-t-il, on pose à la porte pour donner à la dame le temps de monter chez elle. Dès qu'on la suppose arrivée, on se précipite chez le concierge en disant: «Excusez! je désirerais savoir le nom de la dame qui vient de rentrer?»