L'hiver il jetait sur ses épaules une peau de bique toute pelée, dont n'eût pas voulu le dernier toucheur de bœufs.

C'était alors un homme de soixante ans, d'une puissante carrure, d'une force herculéenne, bâti à chaux et à sable, un des survivants de la grande génération de 89, dont la robuste constitution suffisait à tous les travaux comme à tous les excès.

Son regard seul trahissait une volonté de fer, comme ses muscles.

Il avait, sous ces gros sourcils en broussailles, de petits yeux d'un gris clair qui devenaient absolument noirs lorsqu'ils s'irritait et que le sang affluait à son cerveau.

Quand il servait à l'armée de Condé, un coup de sabre lui avait fendu la lèvre supérieure, et la cicatrice donnait à sa physionomie une expression terrible de dureté.

Il n'était pas méchant, cependant, mais d'un entêtement qui touchait à la folie, d'un despotisme odieux et d'une violence extraordinaire.

Heureusement pour ceux qui l'entouraient, trois jurons indiquaient le degré de sa colère.

Mécontent, il disait: Jarnicoton! Irrité, il criait: Jarnidieu! Jusque-là, rien à craindre. Mais quand de sa puissante voix il hurlait: Jarnitonnerre! il était bon de se mettre prestement hors de portée de son bâton fourchu.

On le redoutait extrêmement.

C'est avec un respect mêlé de crainte qu'on se découvrait sur son passage, le dimanche, lorsque suivi de son fils il traversait le bourg de Bivron pour se rendre à l'église où il avait un banc, le premier devant le chœur.