Tant que durait la messe, il lisait à demi-voix dans son gros paroissien ou accompagnait les chantres. A la quête, il donnait régulièrement une pièce de cinq francs.

Cette offrande hebdomadaire, le prix d'un abonnement à la Gazette de France, cinq écus par an qu'il octroyait au barbier qui venait le raser deux fois la semaine, constituaient toute sa dépense personnelle.

Ce n'est pas qu'on vécût mal chez lui. Volailles dodues, gibiers, légumes savoureux, fruits exquis abondaient. Mais rien, jamais, ne paraissait sur sa table qui n'eût été récolté ou tué sur ses domaines. La viande de boucherie en était sévèrement exclue parce qu'il faut la payer.

Fréquemment invité à des dîners ou à des fêtes, par les châtelains du voisinage qui, bien qu'il pût faire, le considéraient un peu comme leur chef, il refusait régulièrement, disant qu'un gentilhomme ne saurait accepter sans rendre, et que rendre coûte de l'argent.

Certes ce n'était pas la pauvreté qui contraignait le duc de Champdoce à cette sévère économie.

On lui connaissait, tant dans le Poitou que dans l'Angoumois et dans la Saintonge, pour plus de douze cents mille francs de terres au soleil, sans compter la forêt de Champdoce qui, habilement aménagée, rapportait bon an mal an de huit à dix mille écus en sacs.

On prétendait encore, et on avait raison, que sa fortune en portefeuille dépassait sa fortune territoriale.

Naturellement, on le taxait d'avarice, en quoi on se trompait. Il n'était pas avare dans le sens qu'on attache à ce mot.

Cet entêté gentilhomme poursuivait simplement l'exécution d'un plan longuement médité et fortement arrêté.

Son passé pouvait, jusqu'à un certain point expliquer sa conduite.