Né en 1780, le duc de Champdoce avait émigré et servi dans l'armée de Condé. Ennemi implacable de la Révolution, il habita Londres tant que dura l'Empire, réduit, pour vivre, à donner des leçons d'escrime.
Revenu en France avec les Bourbons, il dut à un prodigieux hasard d'être remis en possession d'une portion des immenses domaines de sa maison.
Mais qu'était cette portion pour lui? Rien. Comparant la richesse présente à l'opulence princière de ses aïeux, il se trouvait misérable.
Pour comble de douleur, à coté de la vieille aristocratie, oisive et énervée, il voyait surgir du commerce et de l'industrie, une aristocratie nouvelle, jeune, ambitieuse, remuante, fière de ses richesses, fatalement destinée à enlever à l'ancienne son influence et jusqu'à son prestige.
C'est alors que cet homme, que l'orgueil de son nom exaltait jusqu'au délire, conçut le projet auquel il devait consacrer sa vie.
Il crut découvrir un moyen de rendre à l'antique maison de Champdoce sa splendeur et sa puissance passées. Trois ou quatre générations devaient se sacrifier au profit de la postérité.
—Ainsi, se disait-il, je puis en vivant comme un paysan, en me refusant toute satisfaction, tripler en trente ans mes capitaux. Que mon fils m'imite, et dans cent ans, les ducs de Champdoce reprendront, grâce à une fortune royale, le rang auquel leur naissance leur donne droit.
Vers 1820, fidèle à son plan d'enrichissement, il épousa, bien contre son inclination, une jeune fille aussi laide que noble, mais bien dotée, et il vint avec elle s'établir au château de Champdoce.
Cette union ne fut pas heureuse.
On alla jusqu'à accuser le duc de brutalités inouïes envers une jeune femme incapable d'admettre ses idées, et qui ne pouvait comprendre que l'homme auquel elle avait apporté 500,000 francs, lui refusât une robe dont elle avait besoin.