Pourtant, après un an de ménage, elle lui donna un fils baptisé sous les noms de Louis-Norbert.
Mais six mois plus tard, elle mourait des suites d'une frayeur que lui avait causée son mari.
Loin de s'affliger de cette mort, le duc intérieurement s'en réjouit. Il avait un héritier bien constitué, robuste, la fortune de la mère était acquise à la maison de Champdoce; que lui importait le reste!
Même son veuvage fut le prétexte d'économies nouvelles. Il condamna tous les étages supérieurs du château et adopta définitivement le costume comme les mœurs des métayers, ses voisins.
Faisant valoir lui-même, l'œil ouvert aux moindres détails d'une immense exploitation, il ne se ménagea plus.
Levé avant le jour, il suivait ses ouvriers aux champs et travaillait comme eux. Puis il courait les marchés et les foires pour vendre ses grains et ses bestiaux, âpre au grain comme le paysan qui, ayant épousé la terre, la voudrait tout entière pour lui seul.
Son fils, il ne s'en occupait que pour se demander s'il serait assez robuste pour continuer l'œuvre.
Norbert était élevé comme les enfants des fermiers, ni mieux ni pis. On le laissait errer en liberté le long des haies, se rouler sur la litière, barboter au bord des mares, pieds nus l'été, l'hiver chaussé de galoches garnies de paille.
Quand il eut neuf ans, son éducation rurale commença.
Tout d'abord il garda les vaches dans les pâtures ou sur la lisière des bois, armé d'une grande gaule pour empêcher les bêtes d'aller brouter les jeunes pousses. Il partait au jour, avec la pitance de la journée dans un panier pendu à l'épaule.