Puis, successivement, à mesure qu'il avança en âge, il apprit à tracer un sillon profond et droit, à faucher, à semer à la volée, à évaluer d'un coup d'œil le rapport d'une pièce de terre, à soigner l'enfle et la clavelée, enfin à débattre un marché.

Longtemps le duc de Champdoce avait hésité avant de faire apprendre à lire à son fils.

Puisqu'il prétendait le condamner à la rude vie des gens de la campagne, à quoi bon? D'un autre côté, l'homme qui ne sait pas au moins lire, écrire et compter, ne saurait mener à bien une lourde exploitation.

S'il s'était décidé pour l'affirmative, c'est que certainement il avait été influencé par les observations du curé lors de la première communion de Norbert.

Cependant, tout alla bien jusqu'au jour où Norbert eut seize ans, ou plutôt jusqu'au jour où son père le conduisit pour la première fois à la ville, c'est-à-dire à Poitiers.

A seize ans, Louis-Norbert de Champdoce en paraissait dix-neuf, et était bien le plus bel adolescent qu'on puisse imaginer.

Il avait cette physionomie pensive des humbles travailleurs de la terre accoutumés à vivre seuls, repliés sur eux-mêmes, face à face avec la nature.

Le hâle donnait à son teint la richesse de tons des vieux bronzes. Il avait les cheveux noirs, légèrement ondulés, et de grands yeux bleus mélancoliques, les yeux de sa mère! Pauvre femme! c'était sa seule beauté.