Souvent alors, on l'eût vu, lorsqu'il se croyait seul, rester des heures entières immobile, appuyé sur le manche de sa bêche, les sourcils froncés, réfléchissant, lui, jadis insoucieux autant que l'oiseau chantant dans les buissons.
Éveillée par Montlouis, son intelligence était maintenant aux aguets, et il découvrait quantité de circonstances autrefois inaperçues et qui étaient, pour lui, autant de révélations.
Par exemple, observant les relations de son père avec les paysans du voisinage, il mesura vite, en dépit de l'apparente familiarité, l'abîme qui les séparait.
Ses égaux, il le comprit, il devait les chercher parmi les châtelains qui l'été habitaient leurs terres et se rendaient le dimanche à l'église de Bivron.
Le vieux comte de Mussidan, si imposant avec ses cheveux blancs, le marquis de Sauvebourg, si fier et que les campagnards saluaient jusqu'à terre, mettaient un empressement marqué à tendre la main au duc de Champdoce et à son fils.
Autre signe: les plus belles et les plus dédaigneuses dames de la noblesse, qui avaient une démarche de reine, quand elles traversaient la place, balayant la poussière avec leurs robes superbes, oui, les plus imposantes semblaient toutes heureuses quand le duc de Champdoce, qui sous ses habits grossiers gardait des façons de l'ancienne cour, leur baisait galamment la main.
Tout cela devait éclairer Norbert. Il se sentit l'égal de ces gens si hautains. Quelle différence, cependant, entre eux et lui!
Pendant que son père et lui se rendaient à la messe à pied, chaussés d'énormes souliers ferrés, les autres arrivaient dans des voitures superbes, traînées par des chevaux de prix, entourés de laquais magnifiques prêts à obéir au moindre de leurs gestes.
Pourquoi cette différence; d'où venait-elle?
Il savait qu'elle ne venait pas de leur pauvreté à eux.