Il n'entrevoyait nul obstacle, et cependant, à ce moment même, Norbert se jurait avec d'horribles serments qu'il n'obéirait pas.
Sa colère, contenue par la crainte, tant qu'il avait été sous les yeux de son père, éclatait enfin librement.
Il avait gagné la grande allée des noyers qui est derrière le château, et là, marchant à grands pas, il jetait au vent de la nuit d'injurieuses menaces et des imprécations de rage.
Il se voyait condamné et condamné sans appel.
Tant qu'il avait cru son père un avare il avait espéré: les passions ont leurs retours. Maintenant, malgré son inexpérience, il comprenait qu'on ne détruit pas des imaginations comme celle du duc de Champdoce.
—Mon père est fou!... répéta-t-il, mon père est fou!
Tout ce qu'il avait entendu lui paraissait monstrueux et absurde.
Certes, il était bien résolu, pour l'instant du moins, à se soustraire à tout prix à cette tyrannie insupportable; mais comment, par quel moyen, que faire?
Hélas! on ne trouve que trop aisément les mauvais conseillers. Norbert devait en rencontrer un, dès le lendemain, à Bivron, un certain Dauman, un ennemi du duc de Champdoce.