C'était la première fois que Norbert s'entendait nommer ainsi. Quelques jours plus tôt, son bon sens l'eût mis en garde contre cette flatterie et il eût haussé les épaules. Mais, maintenant, sa vanité affamée cherchait pâture.
—A vos désirs, président, répondit-il; j'attends pour partir qu'on m'ait descendu un sac vide oublié à la dernière livraison.
Dauman s'inclina en grimaçant un sourire bas.
Mais tout en se confondant en remerciements, il guignait Norbert du coin de l'œil, trouvant à sa physionomie une expression qui ne lui était pas habituelle.
—Évidemment, se disait le «président,» il s'est passé au château de Champdoce quelque chose d'extraordinaire.
Était-ce enfin l'occasion tant et si ardemment attendue d'assouvir sa haine, qui se présentait? Il en eut le pressentiment.
Il y avait bien longtemps que pour la première fois il s'était dit que l'héritier de ce vieux noble serait entre ses mains un terrible instrument de rancune, et qu'il serait beau et digne de lui de frapper le père par le fils.
Cependant, un ouvrier venait de rapporter le sac. Maître Dauman avait escaladé la charrette et s'y était installé sur un peu de paille. Norbert s'assit lestement sur un des limons, les jambes pendantes, et mit ses chevaux au marche.
Le «président» gardait le silence. Il cherchait pour entrer on conversation, quelque phrase banale qui n'éveillai pas la prudence du jeune Champdoce.
—Il faut que vous vous soyez levé bien matin, monsieur le marquis, commença-t-il enfin, pour avoir fini à cette heure.