—Vos ennemis, répondit-il, ou du moins les ennemis de votre père, et il en a beaucoup. Ce n'est pas à vous seulement que pèse son despotisme...

—Cependant, moi...

—Oh! vous, monsieur le marquis, vous n'avez que des amis, et plus que vous ne croyez, même surtout parmi les personnes du sexe. Tenez, pas plus tard que jeudi dernier, on parlait de vous devant Mlle Diane de Sauvebourg, et rien qu'en entendant votre nom elle est devenue plus rouge que la crête de mon coq. Vous la connaissez, Mlle Diane.

Le jeune homme sentant ses joues s'empourprer, baissa la tête et ne répondit pas.

Sufficit! fit le sieur Dauman, nous serons libre quelque jour, et nous ferons nos farces. Revenons donc à cette plainte...

Mais Norbert, dont les yeux venaient de s'arrêter sur le coucou qui décorait le cabinet du Président, se dressa brusquement.

—Midi! s'écria-t-il, on va se mettre à table chez nous! Que dira mon père!...

—Quoi! vous le craignez tant que cela!...

Mais Norbert n'entendit pas cette raillerie, il avait rejoint son attelage, et déjà s'éloignait au grand trot. Du seuil de sa maison, le Président le suivait du regard.

—Cours, disait-il, cours, mon garçon. Tu ne m'as pas dit au revoir, mais tu me reviendras. J'ai un troisième moyen à t'offrir, le bon, et tu l'adopteras parce que je le veux. Cours, j'ai déposé dans ta cervelle une graine qui germera et portera fruit. Ah! monsieur le duc de Champdoce, pour une pécadille amoureuse vous voulez envoyer les gens aux galères!... Nous verrons où j'enverrai votre héritier.