III

Le sieur Dauman ne mentait pas, lorsque pour attiser la colère de Norbert, il lui disait:

—On ne vous appelle jamais autrement que «le sauvage de Champdoce.»

Seulement on n'attachait à ce surnom aucune intention injurieuse.

Offenser le fils d'un homme qui possédait en réalité deux cent mille livres de rentes, mais qu'on gratifiait du double, c'eût été manquer au respect qu'on doit à l'argent.

Or, en Poitou,—à cette époque,—l'argent était Dieu.

Il est vrai de dire que les sentiments de la noblesse poitevine, à l'égard du duc de Champdoce, avaient subi en vingt ans de singulières modifications.

Tout d'abord, quand pour la première fois il était apparu en veste ronde et en sabots, on s'était prodigieusement égayé.

Lui, laissa railler, se souciant peu du qu'en dira-t-on, persuadé que l'opinion et les rieurs finissent toujours par se ranger du côté des plus gros sacs d'écus.

L'événement lui donna raison.