IV

Dauman, lui, attendait, tout aussi rassuré que l'oiseleur qui, ayant habilement disposé dans les chaumes son perfide miroir, se croise les bras, sûr que les alouettes s'y viendront prendre.

N'avait-il pas fait briller aux yeux de Norbert l'éblouissant espoir de la liberté?

Comme tous ces hommes qui, dans les campagnes, exploitent alternativement la cupidité et la misère, maître Dauman avait des espions partout.

Heure par heure, pour ainsi dire, il savait tout ce qui se passait au château de Champdoce.

On lui avait rapporté presque textuellement le dernier entretien du duc et de son fils. Il était informé des conditions nouvelles faites à Norbert.

Il n'en fut ni inquiet, ni affecté, persuadé qu'en se relâchant de son despotisme, M. de Champdoce hâtait la révolte de son fils.

Souvent, le soir, quand après son dîner il allait, selon sa coutume, se promener sur la grande route en fumant sa pipe de bruyère fabriquée par lui, il s'arrêtait au bas des taillis de Bivron d'où l'on apercevait le château de Champdoce.

Il montrait le poing au vieil édifice, et d'une voix sourde il répétait:

—Il y viendra, il y viendra...