Mais ce relâchement de discipline qui, un an plus tôt, eût empli de joie le cœur de Norbert, ne lui causa aucun plaisir. Il venait trop tard.
Son haine contre son père qu'il appelait son tyran, était trop terrible pour être ainsi désarmée.
D'ailleurs, quelle si grande grâce lui accordait-on? On lui donnait un fusil, la belle affaire! Trente francs, quelle dérision!
En serait-il moins mal vêtu, moins gauche, moins ridicule, moins ignorant, moins seul? Ne continuerait-on pas à l'appeler le «Sauvage?»
Quelles perspectives lui offrait-on, et approchaient-elles seulement de l'idéal du bonheur tel qu'il se le représentait?
Car il ne cessait d'essayer d'ajuster à ses convoitises tout ce qu'il avait retenu de ses lectures désordonnées.
Cependant, la chasse était ouverte. Norbert chassa, prenant moins de plaisir à brûler de la poudre qu'à être suivi de son chien, un épagneul magnifique répondant au nom de Bruno. Il avait un compagnon, enfin, un ami qui lisait dans ses yeux et qui, selon qu'il était triste ou gai, marchait la tête basse ou sautait à ses côtés.
Mais il ne pouvait cesser de songer à Dauman.
Il avait interrogé plusieurs ouvriers, et tous lui avaient répondu que «le président» était un homme dangereux, capable de tout.
Norbert n'en était que plus déterminé à retourner lui demander conseil. Pourtant il hésitait, il n'osait. Une dernière lueur de raison éclairait le précipice où il allait rouler.