Il se leva, alla prendre dans un coin un fort beau nécessaire de chasse, et le plaçant devant son fils il ajouta:
—Je suis content de vous, et en voici la preuve. Vous trouverez dans ce nécessaire un fusil et un port d'armes. Mon garde, Thomas, a ce matin amené pour vous un chien d'arrêt qui est attaché sous le hangar. Vous chasserez. Il faut à un jeune homme quelques distractions. De plus, comme un chasseur est exposé à des dépenses imprévues, voici, pour faire le garçon, de l'argent que je vous exhorte à ménager, vous souvenant qu'une prodigalité inconsidérée peut retarder, ne fût-ce que d'un jour, le moment où nos descendants reprendront leur rang.
Le vieux gentilhomme eût pu parler longtemps. Son fils écoutait, bouche béante, n'allongeant seulement pas la main pour prendre les six pièces de cinq francs qu'il lui tendait, si ébahi qu'il ne songeait même pas à ouvrir le nécessaire.
Cette apparence d'impassibilité déplut au duc qui s'attendait à des transports de joie.
—Jarniton! fit-il, vous le prenez bien froidement, je pensais vous être agréable.
Norbert comprit qu'il ne pouvait plus longtemps garder le silence, et faisant un effort il balbutia:
—Je vous remercie de votre bonté, je vous suis bien reconnaissant.
Mais le duc, impatienté, lui tourna le dos et sortit en grondant:
—Jarnibleu! Qu'est-ce que cela signifie? Ce garçon aurait-il conçu quelque fâcheux dessein? Notre curé aurait-il raison?
C'est qu'en effet, ces idées d'émancipation et de munificence, si contraires à ses grands principes, n'étaient pas venues naturellement à M. de Champdoce. L'honneur en revenait au curé de Bivron, qui les lui avait soufflées.