—Nul jamais ne saura par moi que vous m'avez seulement dit un mot, je vous en donne ma parole d'honneur.
La physionomie du Président reprenait peu à peu cette expression de sympathique intérêt qui inspirait tant de confiance à Norbert.
—En vérité, reprit-il, on dirait, à voir mes hésitations, que mon dessein est de vous pousser au mal, monsieur le marquis, tandis qu'au contraire... C'est que l'expérience rend prudent. Moi donner un mauvais conseil! Jamais. Est-ce que je ne connais pas mon code? Voilà mon bréviaire, à moi, ma règle de conduite, ma foi, ma conscience.
Il avait pris, sur la tablette de son bureau, un gros petit livre à tranches multicolores, encrassé par un long usage, et le brandissant fièrement, il ajouta:
—Mais il faut savoir tout ce qui est là-dedans.
Ce panégyrique agaçait singulièrement Norbert.
—Enfin, interrogea-t-il, que dois-je faire?
Maître Dauman cligna de l'œil et répondit:
—Rien, monsieur le marquis. Trois ans à peine vous séparent de votre majorité, il faut patienter, attendre...
—Eh! si je m'en étais senti le courage, je ne serais pas ici.