—C'est pourtant le seul expédient raisonnable. Votre père est un vieillard, pourquoi le chagriner? Laissez-lui donc encore ces trois années de répit pour caresser ses chimères...
D'un coup de poing violemment appliqué sur le bureau, Norbert lui coupa la parole.
—Si c'est là tout ce que vous avez à me dire, fit-il, je regrette d'être venu.
Il se leva, siffla Bruno comme s'il voulait se retirer, et ajouta:
—J'aurais fort bien trouvé cet expédient sans le secours du votre expérience: bonsoir!
Le Président ne bougea pas, sûr que d'un mot il retiendrait Norbert.
—Vous êtes vif, monsieur le marquis, fit-il, que ne me laissez-vous achever?
—Alors, finissez vite, dit le jeune homme sans se rasseoir.
Maître Dauman n'en parla ni plus ni moins vite.
—Remarquez, monsieur le marquis, reprit-il, que si je vous exhorte à ménager votre père, je ne vous engage pas, pour cela, à endurer comme par le passé toutes ses fantaisies. Qu'est-ce que je veux, moi? vous voir heureux l'un et l'autre. Je suis en ce moment comme un bonhomme de juge de paix qui s'efforce de mettre deux adversaires d'accord. Il est des accommodements avec les situations les plus difficiles. Ne pouvez-vous, tout en restant en apparence le plus dévoué des fils, agir en réalité à votre guise? Il ne faut jamais résister ouvertement à ses parents. Combien de jeunes gens sont dans votre cas! Devant papa et maman, on leur donnerait le bon Dieu sans confession, et derrière ils font le diable à quatre. Quand on n'est pas le plus fort, on doit être le plus fin.